Après quelques jours en Cappadoce, en Turquie, je fis escale à l’aube près du mont Nemrut Dağı, région montagneuse à l’Histoire très ancienne, au Nord de la frontière syrienne. Trônant sur son sommet, des vestiges de statues représentant les dieux du Royaume de Commagène au Ier siècle avant JC. Après une journée passée en compagnie de Dimitri, mon guide local, je pris la direction de la gare routière pour une nouvelle nuit dans un bus, la dernière en Turquie avant … l’Iran !

En région Kurde, les barrages et contrôles de police se succèdent aussi bien à l’entrée des villes que sur la route, en pleine nuit.  Nous finissons enfin par arriver près de Tatvan, je crois. Je ne me souviens plus trop du nom des  villes car je ne me suis pas attardé et personne ne parlait anglais. J’ai progressé de destination en destination en prononçant le mot Iran principalement .

Après ce long trajet de nuit en bus, j’ai eu le droit à deux mini vans, dont un dans la dernière ville avant la frontière. A la descente du mini van, je reste pantois, regarde autour de moi cette ville et vie très pauvre, puis on m’indique de suivre un jeune qui bredouille quelques mots d’anglais. Nous discutons, de manière assez basique, puis il me fourre dans un van qui est sur le départ. Je le remercie, il s’en va.

De jour, et dans un plus petit véhicule, les barrages policiers étaient encore plus impressionnants. Des villes semi construites qui paraissent donc en ruines, dans une région qui semble très pauvre comparé à l’Est du pays dont une bonne partie de l’économie repose sur le tourisme. Les policiers lourdement armés et équipés de voitures blindées bloquent les voies avec des bidons, des barbelés, ou bien d’énormes rochers afin d’obliger les automobilistes à rester sur une seule voie et ainsi se présenter aux points de contrôle. Un policier monta même dans un de nos petits vans pour inspecter. On me jette un premier coup d’oeil curieux à chaque fois, mais on ne me questionne pas, ou bien je réponds simplement le nom de ma destination : l’Iran.

Pour le dernier van, nous nous retrouvons entassés, collés les uns aux autres, les anciennes se prennent le bec avec un jeune à l’arrière. Le trajet est animé. Le paysage défile, aride et sec, puis de la neige apparue, plus haut dans les montagnes près de lignes barbelées à une heure de la frontière.

Une fois arrivé, un dernier coup d’oeil en arrière, je suis depuis longtemps le seul occidental du coin, et je m’engage dans un bâtiment moderne qui contraste énormément avec le décor environnant. Un long tunnel de plusieurs centaines de mètres nous guide à un bureau ressemblant étrangement à un tourniquet de métro parisien, avec deux douaniers turques à son comptoir.

Je tends mon passeport tout en glissant un « Mehraba« , bonjour en turque. Les deux soldats ne parlent pas anglais, je comprends et devine qu’ils veulent savoir ce que je fous ici, et me demande si je parle turque d’abord, puis arabe, puis farsi (la langue iranienne). Je leur réponds anglais, français, espagnol, mais ce ne fût d’aucune aide. Ils discutent, tergiversent, et prennent du temps. Les turques derrière moi commencent à s’impatienter. La tension et la pression monte un peu de mon côté, et s’ils ne me laissaient pas continuer … Puis, à défaut de pouvoir obtenir leurs réponses, ils me laissent passer et sont obligés de me reprendre lorsque je me plante de couloir dans ce grand hall.

Un autre long tunnel, et au bout un jeune soldat membre de la Garde Révolutionnaire islamique iranienne, sûrement assigné ici pour sa conscription, assis sur sa chaise lève ses yeux vers moi, puis m’accueille avec un énorme sourire et un « Welcome to Iran ! » ! Je souffle. Il m’indique qu’il va fouiller mon sac, très brièvement mais soigneusement, ne laissant aucune poche au hasard, et me questionnant seulement sur mon objectif photo ressemblant à un gros tube noir. Pendant ce temps, nous discutons et il m’apprend quelques mots de farsi et me laissa partir une fois la prononciation correcte.

Un autre bureau, avec cette fois-ci un douanier iranien : « Ruz be kheyr« , bonjour, il sourit. Je suis désormais serein, et pourtant … Le douanier commence à feuilleter mon passeport, taper sur son clavier quand un supérieur passe le voir et lui tient la jambe pendant une dizaine de minutes. Puis de nouveau, il se remet sur mon cas qui fût plus long que prévu à traiter.
Dans mon passeport, j’ai déjà un visa d’un mois obtenu en amont à l’ambassade d’Iran, à Paris. J’observe le douanier à l’arrière de son bureau, et je pense qu’il a eu beaucoup de difficultés à scanner mon passeport. Scanner, littéralement. Je ne parle pas de la petite machine sur laquelle les douaniers collent le passeport pour avoir un aperçu sur l’ordinateur. Dans ce cas, à l’arrière de son bureau, il insérait mon passeport dans une photocopieuse …
De nouveau les turques derrière moi s’impatientent et me maudissent. Je comprends deux mots dans un échange, me retournent en souriant en leur glissant un mot de turque et ma nationalité sur laquelle ils tergiversaient. L’effet est immédiat, ils pensent que je comprends le turque et n’osent plus parler.

Je récupère enfin mon passeport après un bon quart d’heure au moins, franchis une porte en bois, et me retrouve dans un autre bureau avec plusieurs choix. Je prends, forcément, le mauvais en me dirigeant dehors, on me rattrape, et on commence de nouveau à fouiller mon sac, on me questionne, on voit le tampon, un homme arrête tout le monde et m’emmène dans un autre bureau. Celui derrière son bureau me fait un regard noir, prend mon passeport, me demande ma nationalité, « français », et se détend tout de suite avec un énorme sourire, me rend mon passeport et dans la foulée, ma liberté. Welcome to Iran !